Quand Musk vend des Cybertrucks à Musk : SpaceX a racheté près d’un Cybertruck sur cinq vendus aux États-Unis au quatrième trimestre 2025
Le véhicule doit son maintien en vie aux propres sociétés de Musk

Au quatrième trimestre 2025, SpaceX a acquis 1 279 Cybertrucks, soit près d’un exemplaire sur cinq vendus aux États-Unis sur la période. Des données d’immatriculation rendues publiques révèlent que l’écosystème de sociétés contrôlées par Elon Musk représente désormais le principal soutien commercial d’un véhicule que ses propres créateurs présentent comme le summum de l’innovation automobile. Derrière les chiffres de livraisons, une mécanique interne dont la transparence pose question.
Les données d’immatriculation compilées par S&P Global Mobility et transmises à l’agence Bloomberg dressent un tableau sans équivoque : sur les 7 071 Cybertrucks enregistrés aux États-Unis entre octobre et décembre 2025, 1 279 unités ont été acquises par SpaceX, tandis que 60 autres ont été immatriculées au nom d’autres entités contrôlées par Musk. Ensemble, ces achats internes représentent environ 19 % des immatriculations du trimestre, pour une valeur estimée à plus de 100 millions de dollars au tarif en vigueur à l’époque.
L’information n’est pas une surprise totale pour les observateurs du secteur. Wes Morrill, ingénieur en chef du projet Cybertruck, avait confirmé en octobre que SpaceX remplaçait son parc de véhicules à essence par des Cybertrucks. Une vidéo publiée sur la chaîne YouTube NASASpaceFlight avait d’ailleurs montré des dizaines d’exemplaires stationnés sur les sites de l’entreprise. Ce qui est nouveau, c’est la précision du chiffre et ce qu’il implique pour la lecture des performances commerciales de Tesla.
Sam Fiorani, analyste chez AutoForecast Solutions, a résumé la situation sans détour auprès de Bloomberg : Tesla est en train de manquer d’acheteurs pour le Cybertruck.
Une chute que les achats internes ne peuvent masquer
Le contexte de ventes est brutal. Tesla a livré 3 519 Cybertrucks aux États-Unis au premier trimestre 2026, le niveau le plus bas depuis le lancement des livraisons en novembre 2023, selon les données de Cox Automotive. Ce résultat représente une baisse de 45,1 % par rapport à la même période un an plus tôt, et un recul de 15 % par rapport aux 4 140 unités du quatrième trimestre 2025.
Sur l’ensemble de l’année 2025, Tesla a vendu un peu plus de 20 300 Cybertrucks aux États-Unis, soit un effondrement de 48,1 % par rapport à l’année précédente. Pour mémoire, Musk avait évoqué en 2019 un rythme de production annuel cible de 250 000 unités. Le compte n’y est pas, loin s’en faut : les ventes 2025 représentent à peine 8 % de cet objectif.
Sans les achats internes au groupe Musk, les immatriculations de Cybertrucks auraient chuté de 51 % en glissement annuel au quatrième trimestre, au lieu des chiffres officiellement annoncés. Les acquisitions par les sociétés affiliées se sont poursuivies en 2026, avec 158 Cybertrucks enregistrés en janvier et 67 en février.
L’argument opérationnel de SpaceX
Du côté de SpaceX, la justification avancée repose sur la logique de flotte industrielle. Le Starbase de Boca Chica au Texas fonctionne comme un vaste chantier de haute technologie, où la carrosserie en acier inoxydable du Cybertruck et sa capacité de remorquage de cinq tonnes trouvent une utilité réelle. L’ingénieur Morrill a évoqué un programme de modernisation de l’infrastructure de soutien au sol de SpaceX.
Ce que cette justification n’explique pas, en revanche, c’est pourquoi des entreprises comme xAI ou Neuralink, dont les activités se situent respectivement dans l’intelligence artificielle et les neurotechnologies, auraient acquis une cinquantaine de pick-ups électriques. Bloomberg relevait elle-même cette anomalie dans son reportage initial.
Une question de gouvernance
C’est ici que le dossier prend une dimension qui dépasse la simple analyse de marché. SpaceX n’étant pas une société cotée en bourse, ces transactions n’exigent pas le niveau de divulgation publique qui serait requis pour un accord de flotte avec un opérateur comme Hertz ou Uber. Tesla, entreprise cotée, vend à des entités contrôlées par son propre PDG sans que les conditions précises de ces opérations soient portées à la connaissance du marché.
Cette opacité s’inscrit dans un historique de préoccupations récurrentes. La sénatrice Elizabeth Warren avait déjà, à plusieurs reprises, mis en cause les liens entre les participations de membres du conseil d’administration de Tesla dans les entreprises privées de Musk, et l’indépendance dudit conseil face aux décisions susceptibles d’opposer les intérêts de Tesla à ceux des autres entités de l’empire Musk. En 2024, Warren avait notamment ciblé la décision de Musk de prioriser des GPU Nvidia pour X au détriment de Tesla, dénonçant un conflit d’intérêt manifeste entre ses intérêts financiers personnels et ses obligations fiduciaires en tant que PDG d’une société cotée.
Les achats de Cybertrucks par SpaceX relèvent d’une mécanique similaire : une société publique dont les chiffres de ventes sont en partie soutenus par des commandes émanant d’entités que contrôle son PDG, sans transparence sur les conditions tarifaires, les éventuelles remises accordées, ni les justifications opérationnelles complètes.
La version entrée de gamme : remède ou sursis ?
Tesla tente de relancer la dynamique avec une version moins chère du Cybertruck. Lancée en février à 59 990 dollars, cette variante à double moteur à transmission intégrale a été suivie d’une hausse tarifaire de 10 000 dollars après que Musk a laissé entendre qu’une augmentation était envisagée. Elle est désormais affichée à 69 990 dollars, et les premières livraisons sont prévues pour juin.
Source: Developpez.com

