Défaillances d’entreprises : 71 000 faillites en 12 mois, le tissu économique des prestataires IT sous pression

Les chiffres Altares pour le 1er trimestre 2026 sont sans appel. Jamais depuis la crise de 2009 le nombre de défaillances n’avait atteint un tel niveau. Pour les directions achats et les DSI, sourcer, contractualiser et suivre ses fournisseurs technologiques n’a jamais été aussi critique.
Avec 18 986 procédures collectives ouvertes entre janvier et mars 2026, soit +6,4 % sur un an, la France enregistre un nouveau record absolu de sinistralité. Sur 12 mois glissants, le seuil des 71 100 défaillances est franchi. Plus préoccupant encore pour les entreprises qui s’appuient sur un écosystème de sous-traitants et de prestataires : 75 350 emplois sont menacés ce trimestre, un niveau inédit depuis 2009.
Les services tech et le numérique en première ligne
L’étude Altares pointe une accélération nette dans les services aux entreprises (+11,7 %), avec un focus particulier sur les activités d’information et communication (575 défaillances, +6 %) et les services informatiques (400 défaillances, +8 %). Les activités scientifiques et techniques, qui incluent conseil en ingénierie, intégration et relations publiques, affichent elles aussi une dégradation sévère (+9 %, 1 259 défaillances). Ce sont précisément les profils de prestataires que les DSI et directions des achats IT sollicitent au quotidien : ESN de taille intermédiaire, cabinets de conseil en transformation numérique, intégrateurs spécialisés.
La géographie de la menace s’affine : ce sont les PME de 20 à 99 salariés qui subissent la dégradation la plus rapide (+12,1 %), soit le cœur de cible des prestataires IT de proximité. À l’inverse, les structures de 100 salariés et plus résistent mieux, avec 10 défaillances de moins qu’au T1 2025. La fracture se creuse donc entre grands groupes de services numériques, relativement épargnés, et mid-market technologique, structurellement fragilisé.
Ce que cela change concrètement pour les DSI et directions achats
La hausse des redressements judiciaires (+13,6 %, à 5 767) mérite une attention particulière. Contrairement à une liquidation directe, un RJ laisse formellement l’entreprise en activité et donc capable de facturer, de signer des avenants, de prendre de nouveaux engagements contractuels, tout en étant sous protection judiciaire. Or Altares rappelle que les trois quarts des redressements judiciaires se convertissent ultérieurement en liquidation. Pour une DSI engagée dans un projet de migration cloud, de refonte d’ERP ou de déploiement cybersécurité avec un prestataire en RJ, le risque de rupture de continuité est réel et sous-estimé.
Le contexte aggravant tient aux délais de paiement. Dans un environnement géopolitique instable (perturbations logistiques, allongement des délais de livraison, hausse des coûts d’exploitation), Thierry Millon, directeur des études Altares, souligne que « les retards de paiement des clients jouent un rôle d’accélérateur du risque » et que « rien ne laisse présager une amélioration rapide des comportements de paiement ». Cela signifie concrètement que des prestataires techniquement compétents et engagés contractuellement peuvent basculer en cessation de paiement faute de trésorerie, non de carnet de commandes.
Les recommandations opérationnelles découlent directement de ces données : intégrer des clauses de continuité de service et d’audit financier dans les appels d’offres IT, monitorer la santé financière des fournisseurs critiques via des outils de scoring en temps réel, et ne pas attendre le tribunal pour activer des plans B sur les dépendances applicatives stratégiques.
Source: InfoDSI

