Meta aurait ciblé les travailleurs âgés lors de licenciements supposés toucher les « employés peu performants »
Selon une plainte déposée par un ancien cadre

En février 2025, Meta licenciait 3 600 employés au nom de la méritocratie, habillant la suppression de postes sous le costume respectable de la « gestion de la performance ». Un an plus tard, une plainte déposée par un ancien directeur senior révèle une tout autre réalité : derrière le discours du PDG Mark Zuckerberg sur les « employés peu performants », les données internes de l’entreprise elle-même indiqueraient que ce sont les travailleurs les plus âgés qui ont été ciblés de façon disproportionnée. Une affaire qui met en lumière une pratique systémique dans la Silicon Valley, et soulève des questions fondamentales sur la discrimination par l’âge dans l’industrie technologique.
Nicolas Franchet n’était pas un employé marginal chez Meta. Recruté à l’époque où Facebook commençait à tisser sa toile mondiale, il avait gravi les échelons jusqu’au poste de directeur senior, bénéficiant selon sa plainte d’évaluations constamment positives de la part de ses supérieurs, de ses pairs et de ses équipes. En 2023, il reçoit même une récompense exceptionnelle : une attribution d’actions accompagnée d’une lettre personnelle de Mark Zuckerberg lui indiquant que cette distinction était « réservée à un très petit nombre de personnes » et que son « impact significatif avait été reconnu aux plus hauts niveaux du leadership ».
Le 10 février 2025, à l’âge de 54 ans, après treize années passées au service de Meta, Franchet apprend sa mise à pied. Le même jour, ses 16 353 actions non encore acquises (dont la valeur s’élevait selon la plainte à près de 12 millions de dollars) lui échappent définitivement. Il dépose le 18 mars 2026 une plainte pour licenciement abusif devant le tribunal supérieur du comté de San Francisco, en Californie.
L’arme des évaluations de performance : un outil de sélection contesté
Pour comprendre comment Franchet s’est retrouvé dans la liste des licenciés, il faut remonter au mois de janvier 2025. Dans un mémo interne, Zuckerberg annonce vouloir « relever le niveau de gestion de la performance et se séparer plus rapidement des employés peu performants ». La rhétorique est habile : il ne s’agit pas d’une réduction d’effectifs économique, mais d’une purification par le mérite. Cette vague représente le deuxième grand plan de licenciements après la suppression de 25 % des effectifs en 2023, qui avait alors éliminé environ 21 000 postes.
Le problème, documenté dès les premières heures par plusieurs médias, est que de nombreux employés licenciés avaient en réalité reçu des évaluations positives et leurs postes ont été supprimés malgré tout. Pire : des instructions internes transmises aux managers par la directrice des ressources humaines Hillary Champion leur permettaient d’inclure des employés issus de tranches de performance supérieures si les quotas de suppressions parmi les « employés peu performants » n’étaient pas atteints. Des managers se seraient même vu demander de « trouver quelqu’un » à licencier, quand bien même toute l’équipe donnait satisfaction.
Pour Franchet, le mécanisme a fonctionné de la façon suivante : en janvier 2025, Meta introduit une nouvelle option d’évaluation permettant aux managers de classer les employés comme « les profils les moins performants », un outil qui, selon la plainte, a été utilisé pour identifier les personnes à licencier le 10 février 2025. Franchet reçoit cette étiquette et perd son poste.
Des chiffres accablants, tirés des données de Meta elle-même
La portée de la plainte va bien au-delà du cas personnel de Franchet. Son avocat appuie la démonstration sur les données démographiques que Meta a elle-même communiquées aux employés licenciés dans le cadre des obligations légales liées aux plans de licenciements collectifs aux États-Unis. Ces données révèlent que les employés de 40 ans et plus étaient 1,5 fois plus susceptibles d’être inclus dans les licenciements que ceux de moins de 40 ans, et que les employés de 50 ans et plus présentaient 2,5 fois plus de risques d’être licenciés que leurs collègues plus jeunes.
Autrement dit, la répartition des suppressions de postes ne suivait pas une distribution aléatoire ou strictement calquée sur les évaluations : elle épousait avec une précision troublante la courbe de l’ancienneté. Ce n’est pas un témoignage isolé ni une impression subjective : c’est, selon la plainte, le reflet direct des propres chiffres de l’entreprise.
Le droit américain et la Silicon Valley : une relation compliquée avec l’âge
Aux États-Unis, l’Age Discrimination in Employment Act (ADEA) interdit toute discrimination fondée sur l’âge à l’encontre des travailleurs de 40 ans et plus. La loi couvre l’embauche, le licenciement, la rémunération, les promotions et toute autre…
Source: Developpez.com

